Attention, talent ! Après Rougui Sow et Laura Valette, on continue à vous présenter un peu plus en détails les athlètes phares du Nantes Métropole Athlétisme avec Dejan Ottou, champion de France cadets du 60 m et du 200 m cet hiver dans son jardin du Stadium Pierre-Quinon. Le protégé de Natacha Lappartien possède toutes les qualités pour arriver un jour au plus haut niveau. Mais le chemin est encore long. Découverte.

— Dejan, tu as pointé le bout de ton nez en catégorie minime dans l’ombre d’un certain Jeff Erius. D’une année sur l’autre, tu es tout proche de ses références chronométriques au même âge… L’hiver 2021 commence par la confirmation que tu étais bien celui qui ne le laisserait pas tranquille avec deux médailles d’argent sur 60 m et 200 m en cadets. Qu’est-ce que tu as ressenti lors de ce premier podium national ?

Beaucoup de fierté, c’était des objectifs que je m’étais mis cette saison forcément aussi l’immense plaisir de finir deux fois derrière Jeff Erius quand on connait ses qualités. Donc sortir de ce premier grand championnat avec deux médailles d’argent je n’avais rien à regretter. Ensuite l’été 2021 arrive, on imagine que tu avais peut-être déjà des ambitions à échelle internationale, clairement qu’elles étaient ces objectifs que tu t’étais fixé. C’était clairement de pouvoir participer au match de Franconville et ça allait être ma première sélection en équipe de France et je visais clairement une place sur le podium à ce match. Et donc tu dis “j’aurais pu”, car effectivement tu as fait une sortie cette saison à Nantes ou tu réalises 10″74, mais malheureusement tu te fais une déchirure à l’ischio droit qui mettra finalement un terme à ta courte saison. 

— Comment as-tu géré cette première blessure dans ta carrière, ainsi que la réathlétisation derrière ça ? 

Oui en effet donc c’était une déchirure musculaire grade 2 à l’ischio droit, et honnêtement sur le coup je ne me rendais pas compte que c’était grave. Je ne m’en suis rendu compte seulement après la course, j’arrivais à peine à marcher.  Ça fait un choc parce que j’avais de grandes ambitions pour la suite, donc ça m’a bien refroidi. Mais directement ensuite au niveau récupération et soins j’étais super minutieux parce que je voulais absolument pouvoir participer au match à Franconville. Malheureusement je n’ai pas réussi à revenir en forme à temps mais bon c’est le sport de haut niveau… 

— Suite à cela, as-tu eu des appréhensions ? 

Oui est-ce que je peux maintenant je suis beaucoup plus minutieux et je fais vraiment attention mais c’est vrai que par exemple en début de saison hivernale je craignais que la même douleur revienne et que le cycle se répète… 

 

 

— As-tu aussi apporté du changement dans ta préparation ? 

Oui j’ai un petit peu changé ma manière de me préparer pour prévenir des blessures notamment en faisant plus d’étirements le matin au niveau des ischios ainsi que plus de gammes lentes avant les entraînements avec des éducatifs axés plus sur les ischios.

—  Tu as commencé ta saison hivernale 2022 par le Meeting Elite du NMA le 26 janvier. Quelles émotions cela t’a procuré de courir avec des pointures de l’athlétisme, chez toi, à Nantes, et devant tes proches ?

J’ai ressenti une immense fierté, le Meeting du NMA est un grand meeting. Le Meeting représentait une étape importante dans mon parcours de manière générale. Les années passées, j’étais uniquement spectateur. Là, le fait de pouvoir courir chez moi, à côté des grandes figures de l’athlétisme, c’était exceptionnel. Je me souviens qu’il y avait Arthur Cissé à ma droite, c’est quelque chose ! Donc oui beaucoup de fierté. Après, les chronos et les performances n’ont pas vraiment suivi mais je suis très heureux d’y avoir participé. La prochaine fois, il faudra viser une performance et pourquoi pas un podium.

— Tu as été sacré champion de France cadet sur le 60 m et le 200 m cet hiver. On t’imagine très satisfait de ces différents résultats ?

C’était clairement les objectifs que je m’étais fixé pour cette saison. Ça faisait vraiment longtemps que je voulais monter sur la première marche du podium sur une compétition nationale et je l’ai fait. Je suis rentré à la maison avec deux médailles d’or. Oui, j’ai rempli mes objectifs. Niveau performance également, c’était plutôt correct. Même si je n’ai pas battu mes records, j’ai quand même fait une saison hivernale où je peux être fier de moi au niveau de la performance. J’ai réussi à faire ce que je voulais et je suis très heureux.

— À quelques jours des Interclubs, dans quel état d’esprit attaques-tu cette première compétition estivale ?

Ça va faire beaucoup de bien de refaire une compétition estivale sans blessure. En termes d’objectif, j’espère atteindre les 10″80 sur 100 m pour une bonne rentrée. Sur 200 m, pourquoi pas viser 21″70. Ce sont mes premiers Interclubs et j’ai vraiment hâte. C’est ma première compétition estivale donc j’ai un peu d’appréhension.

— Qu’est ce qu’on peut te souhaiter pour cette saison estivale ? Il y a les Championnats d’Europe cadets en Israël, à Jérusalem (4 au 7 juillet 2022), est-ce un objectif d’y être et de briller ?

Oui, j’espère honorer une première sélection avec l’Équipe de France. J’espère pouvoir être au top de ma forme sur ces Championnats d’Europe cadets. Si les performances et la forme sont là, j’aimerai pouvoir continuer ma lancée sur les Championnats du Monde juniors à Cali (1er au 6 août 2022). Cette dernière compétition est vraiment l’objectif final de ma saison estivale.

 

 

— Quels sont tes points forts et tes points faibles ? Qu’est-ce qu’il te manque encore pour aller plus vite ?

Le secteur sur lequel je peux progresser pour aller plus vite est le physique. Je ne fais presque pas de musculation. Le physique peut faire la différence sur les grandes compétitions. Il faut que je travaille sur cela. Mon autre point faible est ma réactivité au départ. Mon gros point fort est ma capacité à maintenir ma vitesse. C’est pour cela que je suis plus fort sur les courses longues comme le 100 m et le 200 m. Je suis bien meilleur sur ces distances que sur le 60 m. C’est une grande qualité et je vais m’appuyer dessus pour pouvoir atteindre mes objectifs.

— Le 400 m, est-ce que tu y penses ?

400 m, ça me paraît long. Très honnêtement, je n’en sais rien du tout. C’est une longue distance et ce n’est pas quelque chose qui me plaît. Déjà le 200 m pour moi me paraît long. Si cela intervient dans ma préparation, pourquoi pas. De moi-même, je n’irai pas m’aventurer sur ce type de course.

— Comment as-tu découvert l’athlétisme ?

J’ai commencé l’athlétisme en 2016, en sixième. Avant je faisais du football mais je n’adhérais pas vraiment à l’état d’esprit des sports collectifs. L’athlétisme est un sport individuel. Maintenant que je suis vraiment impliqué dans l’athlétisme, je vois que c’est plus collectif que cela ne laisse paraître. Il y a vraiment un esprit collectif notamment à l’entraînement. Les athlètes s’entraident. C’est un peu comme cela que je me suis lancé dans l’athlétisme. J’ai été agréablement surpris.

— Arrives-tu à te projeter un peu sur la suite de ta carrière, sur des grandes étapes telles que Los Angeles 2028 et Brisbane 2032 ?

Oui bien sûr. J’ai envie de dire, qui ne rêve pas des Jeux olympiques. Los Angeles 2028, c’est une grosse étape. C’est un objectif. Chaque Jeux olympiques est un objectif en soi. Pouvoir y participer déjà. Los Angeles 2028, je m’y projette sur 100 m. Je préfère courir le 100 m plutôt que le 200 m donc c’est plutôt logique.

 

 

— À plus court terme, as-tu des objectifs chronométriques précis pour cette saison ?

D’un point de vue chronométrique, j’essaye encore de me rapprocher des références de Jeff Erius. Sur 100 m je vise 10’40. Finir la saison sur ce chrono, ce serait vraiment bien. Sur 200 m, atteindre un 21″10 serait très bien.

— Quelles relations entretiens-tu avec Jeff Erius ?

Nous sommes potes. On se parle de temps en temps en dehors de la piste. Sur la piste, il n’y a pas d’amis. Ça reste un adversaire comme les autres.

— Le 4×100 m prévu pour les Interclubs avec Jean-Pierre Bertrand, Yann Randrianasolo, William Reppert et toi-même. Qu’en penses-tu ?

C’est un très gros relais. Pour être honnête, on n’a toujours pas commencé à en parler. Nous n’avons pas commencé les entraînements ensemble pour un relais comme celui-ci. Ça me ferait vraiment plaisir de courir avec eux.

— Comment te sens-tu à Nantes ? Estimes-tu avoir toutes les conditions qui sont réunies à Nantes pour favoriser ta progression ?

Les conditions à Nantes sont vraiment réunies pour ma progression. J’y arrive plutôt bien et je suis très bien entouré, par la famille, les amis, le staff médical, les coachs. Ça fait vraiment plaisir de voir que le club s’investit pour moi et se soucie de mon évolution.

— Récemment, le Nantes Métropole Athlétisme a mis en place l’Action “Horizon Paris 2024.” As-tu déjà observé les bénéfices de cette nouvelle action ? Que penses-tu de ce type de dispositif ?

De manière plus générale, en France, nous sommes décalés par rapport à ce type d’action. À Nantes, ce nouveau dispositif est très bien. C’est important que le club et les différentes structures s’occupent des athlètes de haut niveau à travers cette action. Je trouve ça très intéressant et indispensable pour la réussite des athlètes.

— Quel est ton plus grand rêve en tant qu’athlète ?

Une médaille d’or aux Jeux olympiques. Un peu plus personnellement, devenir un athlète mondialement connu et que des gens aient envie de me ressembler. Être un modèle pour les jeunes athlètes qui commencent l’athlétisme. C’est la marque des plus grands. Cela montre que tu es devenu un grand athlète.

L’apprentissage continue…

Propos recueillis par Félix Desile et Simon Deschamps
Crédits photos : @nmathle