Arrivée sur les bords de l’Erdre en septembre 2020, Rougui Sow (26 ans) a déjà décroché quatre médailles nationales au saut en longueur sous les couleurs du NMA. La dixième performeuse française de tous les temps avec un envol à 6,72 m a été au bord du malaise à la fin de son concours des Championnats de France Elite en salle de Miramas où elle a réussi sa meilleure performance de l’hiver (6,26 m). L‘ancienne étudiante en relations internationales au sein de l’Université de Caroline du Sud a pris le temps de répondre aux questions de www.nmathle.fr sur son été 2022 qu’elle aborde pleine d’ambitions et sur son intégration au Club. Entretien.

 

— Rougui, vous avez été jusqu’au bout de vous-même pour terminer votre concours dimanche aux France Elite en salle à Miramas. Comment allez-vous aujourd’hui ?

Ça va beaucoup mieux, ça va beaucoup mieux. J’ai fait une prise de sang mardi dernier et les taux de créatinine descendent bien. Juste pour contextualiser, j’ai eu une sciatique deux semaines avant les Championnats de France. J’ai vu le médecin de la structure qui m’a prescrit des anti-inflammatoires pour essayer de soulager cette sciatique. J’ai pris ça pendant un petit moment. Cet anti-inflammatoire a créé une intolérance totale par rapport à mes reins. On pensait que c’était une gastro. Lorsque je l’ai revu, il m’a prescrit du Spasfon et du Doliprane. C’est en faisant une prise de sang le samedi, une semaine avant les élites, qu’on a vu que mes taux de créatinine étaient trop élevés. Je suis allé aux urgences et j’ai été hospitalisé pendant trois à quatre jours. L’hospitalisation s’est bien passée et on a décidé, avec mon médecin, de tenter le coup pour les Championnats de France Élite en salle à Miramas. Est-ce que c’était une bonne idée, je ne sais pas. Je suis arrivée mi-novembre à Nantes pour y habiter. Ça a été assez difficile. J’ai un staff qui est super avec Richard et Fabrice. Le NMA m’a beaucoup soutenu depuis que je suis ici, depuis novembre. Pour moi c’était important de participer à ces Championnats de France parce que je ne me voyais pas abandonner. C’est un truc que je n’ai jamais fait. Je ne me voyais pas déclarer forfait. C’était impossible. Comme je voyais que j’arrivais à m’hydrater, je me suis dit, tu as cinq jours pour essayer de mieux t’hydrater et de faire en sorte de réussir ces Championnats de France. C’est pour ça que j’ai décidé de sauter. J’ai fini au pied du podium. Quatrième pour la première fois depuis très longtemps mais c’est une place que je prends parce que tous mes sauts étaient des “season best”. Je pense que c’était quand même une réussite et cela montre ma volonté de réussir. C’est mon caractère de guerrière qui m’a fait sauter. Cela a fini en malaise comme certains ont pu le voir à la télé. Voilà je vais bien maintenant, je me remets doucement. Je vais me préparer dès la semaine prochaine pour la saison estivale.

 

— Quel bilan faites-vous de votre saison hivernale ?

Mon bilan est assez positif. Heureusement que j’ai fait les Championnats de France Élite. À la base, je ne devais pas faire de saison hivernale. Ce n’était pas dans les projets. Je suis arrivée très tard à Nantes. Mi-Novembre pour Janvier. C’était compliqué de préparer les compétitions. L’objectif c’est cet été et il fallait passer par cela. C’était une étape pour l’objectif principal de cet été. Il fallait passer par deux ou trois compétitions cet hiver. C’est ce que j’ai fait. Maintenant, “season best”, 6,26 m, cela reste correct au vue de la préparation et du contexte. Maintenant, l’objectif ce sont les Championnats d’Europe et du Monde. On va tout donner pour que cela fonctionne.

 

— Avez-vous connu des changements sur le plan technique cet hiver ?

Sur le plan technique, j’ai connu des changements. J’ai l’habitude d’avoir qu’un entraîneur principal qui s’occupe de la préparation physique, de la technique longueur etc… Cette année, je suis parti sur une stratégie différente. J’ai comme coach principal Richard Cursaz qui s’occupe de l’aspect technique de la préparation physique et à côté Fabrice Ploquin qui porte son œil sur moi par rapport aux séances techniques vraiment spécifique longueur. J’hésite encore à repartir en stage pendant la saison. Certainement au mois d’avril avec Dwight Phillips qui était mon coach aux États-Unis. On ne le présente plus, plusieurs fois champion du monde du saut en longueur et cinquième meilleure performance mondiale de tous les temps. On avait commencé un travail avant la Covid qu’on a dû écourter à cause de cela. Tout se met en place et ça se passe super bien à Nantes. On a une bonne structure avec des bonnes infrastructures et un personnel médical technique qui est super. Nous n’avons pas à nous plaindre. Je suis contente.

 

— Qu’est-ce qui vous manque pour aller plus loin en longueur ?

Le petit plus qui pourrait me faire aller plus loin… Des sponsors. Non, honnêtement, on est très bien accompagné à Nantes. Je dirai qu’avoir plus de partenariats et de sponsors pourrait m’aider à me concentrer uniquement et principalement sur le sport. À me mettre dans les bonnes conditions pour que je puisse me concentrer sur l’athlétisme et essayer d’aller chercher l’objectif des JO de Paris 2024. On a à peu près tout donc je suis contente.

 

— Quels sont vos objectifs pour cet été ?

Clairement une qualification et une finale aux Championnats d’Europe ou aux Championnats du Monde et me reconstruire petit à petit. La Covid a été très difficile pour moi, je l’ai très mal vécue personnellement. J’étais aux États-Unis puis j’ai dû revenir. Ça a été compliqué. J’ai eu trois/quatre coachs en deux ans. Tout ça c’est dur et là on essaye de reconstruire et de recréer une stabilité. Cette année, si j’arrive à me qualifier et à faire une finale, ça serait vraiment top. Aller chercher des podiums l’année prochaine et jusqu’à Paris 2024.

 

— Pour ceux et celles qui ne le savent pas encore, vous êtes diplômée en relations internationales. Racontez-nous votre parcours.

J’ai été étudiante de 2017 jusqu’à 2020. Je suis rentrée en France mi 2020. Je suis parti car c’était un peu compliqué d’allier le sport de haut niveau et les études de “haut niveau”. J’ai fait une année de prépa après le bac science po. J’ai eu mon concours à Science Po. J’ai beaucoup voyagé en France. J’ai fait science po à Saint-Germain-en-Laye, science-po à Aix en Provence et science po à Toulouse. Cela a été très compliqué, honnêtement, de réaliser les deux. On m’avait vendu quelque chose qui finalement n’existait pas. Qui était à peu près une utopie, c’est-à-dire, que ce serait facile d’allier les deux. Finalement c’est très compliqué. Les aménagements n’étaient pas forcément là. C’est pour cela qu’en 2017 j’ai décidé de partir aux États-Unis. J’ai eu une bourse à 100% qui s’élevait à peu près à 200 000 dollars pour pouvoir justement réaliser mon objectif qui était de faire les études que je voulais et pratiquer le sport que j’aime, ma passion. J’ai fait mon bachelor en “global studies” à l’université de Caroline du Sud jusqu’en 2018. Ensuite, je suis parti en Floride pour faire mon master en affaires internationales. Ça s’est super bien passé. C’était une très belle expérience humaine et culturelle. C’est pour cela que je suis parti et je ne regrette pas du tout mon choix. Honnêtement, si c’était à refaire je le referai dix fois.

 

— Quel est votre projet professionnel ?

Avec le sport c’est très compliqué de travailler dans mon domaine. J’aimerai travailler dans les relations internationales, la diplomatie et pour cela il faut être dans les grandes villes, New York, Paris. Ce sont des métiers de cadre qui demandent beaucoup d’heures, ce que je ne peux pas me permettre de faire avec mon objectif sportif. Mon objectif serait de trouver un emploi qui pourrait me donner de l’expérience professionnelle dans mon domaine. Ce qui est assez compliqué car les entreprises ont vraiment du mal, en tout cas en France, avec les sportifs de haut niveau parce qu’ils craignent les concessions que cela amène. J’encourage les entreprises françaises à recruter les sportifs parce qu’on a des compétences transmissibles qui sont très intéressantes pour les métiers de l’entreprise. À long terme, vraiment me concentrer sur un travail dans les ambassades et dans les organisations internationales. Ce serait mon rêve après Paris 2024.

 

— Vous n’avez plus connu de sélection depuis les Jeux Européens à Minsk (Biélorussie) en juin 2019, avez-vous des objectifs à moyen terme avec les Bleus ?

Il y a beaucoup de Championnats qui s’organisent. Il y a les Championnats d’Europe, les Championnats du Monde, les Jeux de la Francophonie, les Championnats Méditerranéens. Oui bien sûr, c’est mon objectif maintenant qu’on a tourné la page du Covid et du retour des États-Unis. L’objectif c’est de retrouver l’Équipe de France le plus rapidement possible.

 

— Pour quelles raisons avez-vous rejoint les rangs du Nantes Métropole Athlétisme en septembre 2020 ?

C’est une petite anecdote. À la base, je ne comptais pas changer de club parce que j’étais très attachée à Sotteville. J’ai grandi là-bas tout simplement. Je suis très amie avec Jean-Yves Le Priellec qui a toujours été un peu mon mentor et qui a suivi mon parcours depuis l’âge de mes 16 ans jusqu’au haut-niveau et jusqu’à l’âge de mes 26 ans. Ça fait très longtemps qu’il me suit. Je me rappelle, un jour j’avais sauté aux Championnats de France Élite sans mon maillot, avec un maillot rose. Il était venu me voir et il m’a dit “met ton maillot tout de suite sinon je vais devoir te disqualifier”. Puis moi je suis tellement tête en l’air, je m’en rappelle, j’avais un sponsor, j’avais une dotation avec asics. J’avais mis ma petite brassière asics et j’avais complètement oublié qu’aux Championnats de France il faut mettre son maillot. C’est un très bon ami à moi. Au retour des États-Unis, en 2020, il y avait les Championnats de France qui avaient été maintenus. C’était en septembre 2020 à Albi. On avait un peu discuté. Finalement, j’avais bien aimé le projet que le Nantes Métropole Athlétisme avait. Le projet de haut niveau avec Horizon Paris 2024. Vraiment, j’avais apprécié leur projet, le fait de salarier des athlètes de l’athlétisme. Ce qui ne se fait pas beaucoup finalement par rapport aux sports d’équipes. Parce que j’avais aimé ce projet. J’étais tombé sous le charme du projet qu’il m’avait proposé. Un projet de haut niveau, mettre en valeur les athlètes. J’ai signé tout de suite. Honnêtement, pour moi c’était naturellement qu’il fallait participer et être présente sur ce projet Horizon Paris 2024. C’est vraiment pour ça et par rapport au fait que Jean-Yves est un très bon ami à moi, une personne de confiance, à qui on peut vraiment faire confiance. Quand il dit qu’il va faire quelque chose, il le fait, c’est quelqu’un qui est véridique. Quand il m’a présenté le projet du NMA, il fallait que j’adhère tout de suite.

Tous les partenaires que le club a réussi à aller chercher, que ce soient des partenaires privés, publics et historiques, je me dis que ça va dans le bon sens et qu’on a compris ce qu’il fallait faire pour refaire briller l’athlétisme qui est quand même le premier sport olympique mais qui est malheureusement très mal médiatisé. C’est une question d’organisation et quand on arrivera à le remettre en valeur, on arrivera à faire de bonnes choses. Il faut profiter de Paris 2024, c’est maintenant ou jamais. C’est le moment ou jamais de créer une vraie émulation derrière l’athlétisme.

 

— Comment organisez-vous une semaine post compétition ? Il y a-t-il une préparation mentale ?

Une semaine avant les compétitions, c’est le plus facile parce qu’il y a moins de charge d’entraînement. Le travail s’axe plus sur l’aspect technique. Essayer de simuler l’explosivité, la technique. Une semaine avant les compétitions, c’est vraiment du mental. Quand ce sont des grosses compétitions, on ne s’entraîne pas tant que ça. 2 jours avant les compétitions je suis off. 1 jour après je vais faire un petit échauffement. Dans la semaine, il me faudra une séance technique sprint, une séance de saut pour vérifier la course d’élan et un peu de prio. Tout ce que je fais sera divisé par 3 par rapport aux charges d’entraînement avant compétitions. Les périodes de compétitions c’est le plus facile, c’est la partie visible de l’iceberg. J’arrive en mode guerrière et c’est parti.

 

— On vous laisse le mot de la fin…

J’en profite pour remercier tous les partenaires du club. C’est grâce à eux que tout ça est possible. Tous les bénévoles également, c’est beaucoup de travail. Bien évidemment, le Nantes Métropole Athlétisme, qui a beaucoup fait pour moi depuis que je suis là et qui a décidé de miser sur moi. J’espère vraiment ne pas les décevoir. Je remercie Nantes Métropole, le Conseil Départemental et vraiment tout le monde. Mon entraîneur, les chargés de communication, vous tous. Merci vraiment, c’est grâce à vous que tout ça est possible et ça montre que l’athlétisme ce n’est pas qu’un sport individuel, c’est un sport d’équipe. L’athlétisme est un sport d’équipe tout comme les autres et qui mérite d’avoir autant de visibilité que tous les autres sports.

Merci Rougui et on vous souhaite une excellente saison !

Texte : Félix Desile / @nmathle