Stéphane Sgorlon : « Je suis beaucoup dans l’échange avec les athlètes »

Chaque semaine, on part à la rencontre de ces hommes et femmes de l’ombre qui font grandir le club un peu plus chaque jour. Voici l’interview de Stéphane Sgorlon, entraîneur au Nantes Métropole Athlétisme. Son parcours, sa méthode d’entraînement, son meilleur souvenir… il nous dit tout sur www.nmathle.fr.

 

 Stéphane, peux-tu nous expliquer ton parcours, pourquoi es-tu devenu entraîneur ?

J’ai toujours été sportif et en conséquence, pratiqué différents sports : football, basket, boxe Française, VTT, planche à voile et bien sûr l’athlétisme avec l’ASPTT Nantes en 1974, avec un titre de champion départemental sur 60 m et un chrono qui jusqu’à récemment n’avait jamais été battu au club. Les années faisant, en 2011, n’acceptant plus mes 100kg, j’ai décidé (un 1er janvier) de me reprendre en main et me suis inscrit au Marathon de Nantes (avril 2011) ….  Je ne courrais plus depuis 30 ans… 3 mois plus tard, le 17 avril, je bouclais mon premier Marathon en 4h40’54, j’en ai bouclé 7 aujourd’hui. En 2012, rattrapé par le virus de la course à pied et conscient que pour progresser il me fallait intégrer un club, c’est tout naturellement que j’ai rejoint celui que j’avais quitté 35 ans plus tôt. 2015, sous la houlette de Jérôme Valette, l’Athétic Club Herblinois naissait. Ce nouveau club n’ayant plus d’entraîneur Hors Stade, fort de mon expérience d’entraîneur de foot que j’ai exercé pendant près de 10 ans à l’UF St Herblain, j’ai décidé de me former (aujourd’hui 2e degré Hors Stade) et d’encadrer le tout petit groupe de coureurs qui nous avait suivi (12 athlètes). 

 

 Quelles disciplines et catégories entraînes-tu ?

En cette quatrième saison de l’ACH, j’encadre aujourd’hui plus de 80 coureuses et coureurs en Running (anciennement course hors stade), aidé précieusement en cela par ma compagne Zahia Jory qui nous a rejoint en 2016 et 3 coureurs/adjoints en 2018.

 

— Quelle est ta définition d’un entraîneur ?

L’entraîneur à mon sens, est la personne qui doit aider l’athlète, peu importe son niveau, à aller toujours vers l’avant.

 

— Quelles sont les qualités nécessaires pour être entraîneur ?

La principale est l’écoute. On peut posséder, et il doit posséder, tous les fondements de l’athlétisme, maîtriser toute la technique, si l’entraîneur n’est pas à l’écoute de ses athlètes, il ne parviendra pas à les aider à progresser.

 

.ʻʻ  Zahia et moi-même y consacrons beaucoup de temps ʼʼ

 

— Qu’est-ce t’énerve et qui te plaît le plus dans ta fonction ?

Il n’y a rien qui ne “m’énerve” dans la fonction, je peux parfois être agacé par un athlète qui n’a pas suivi les consignes lors d’une compétition et qui passe à côté de la performance qu’il voulait atteindre, mais jamais je ne suis énervé. J’ai tendance à prendre tous événements négatifs avec du recul et bien souvent les traiter avec un peu d’humour. De par mon tempérament, je n’ai jamais vu un verre à moitié vide. Si quelque chose devait m’énerver, c’est plus dans nos structures d’aujourd’hui que j’en trouverai les raisons. Devant la difficulté à trouver des aides, en plus d’entraîner je dois être Webmaster, administrateur Facebook, démarcheur de partenaires financiers, organisateur du 10km de St Herblain, et comme j’ai le souci que les athlètes trouvent chez nous toujours le meilleur, Zahia et moi-même y consacrons beaucoup de temps, et le tout bénévolement, ce que parfois certains licenciés du club ne savent pas.

 

— Les méthodes d’entraînement changent-elles avec le temps ? Faut-il s’adapter aux nouvelles générations ?

Je ne sais pas dire si c’est lié au temps ou bien à la méthode de l’entraîneur, mais aujourd’hui, en ce qui me concerne, je suis beaucoup dans l’échange avec les athlètes. Finit l’époque où l’on me disait tu vas courir vite 10×200 m. Avant les séances, j’explique aux athlètes ce que l’on va faire, pourquoi on va le faire, et ce que je ne veux pas voir être fait. De même, après les séances et quand ceux-ci ne sont pas trop pressés de rentrer chez eux, on débriefe du ressenti de leur séance. Ce qui a bien sûr évolué, c’est utilisation des supports digitaux pour communiquer sur les séances, les conseils, les rendez-vous mais aussi, et c’est important, la vie du club.

 

— Faut-il être un athlète expérimenté pour être un bon entraîneur ?

Certains athlètes pensent que nous sommes ou avons été des “Champions”. Je fais partie de ces personnes qui pensent qu’un excellent ouvrier ne fait pas forcément un excellent patron. Dans l’expertise de l’entraîneur, il y a celle que l’on se forge avec sa propre pratique, mais il y a surtout celle que l’on acquiert par l’échange avec les athlètes et les autres entraîneurs. Il faut aussi être curieux et toujours en quête de “formation”.

 

— Quelle est ta relation avec les athlètes ?

C’est une question qu’il faudrait leur poser, mais je suis toujours dans la volonté de garder une certaine proximité, et cela avec tous, peu importe leur niveau.

 

.ʻʻ  Chaque seconde ou centimètre gagné est toujours un vrai et grand moment de joie ʼʼ

 

— Comment un entraîneur gère-t-il les différences de niveaux des athlètes au sein d’un même groupe ?

Guidés par deux tests que je fais dans l’année, les athlètes sont intégrés à l’un des 5 groupes de niveaux que nous avons créés qui vont du débutant à l’athlète “élite”, et pour lesquels les séances sont adaptés aux capacités et ambitions de chacun.

 

— As-tu un modèle d’entraîneur, dans l’athlétisme ou dans un autre sport ?

Un modèle d’entraîneur ? Un nom me vient tout de suite à l’esprit, Joseph Le Forestier, entraîneur que j’ai connu lorsque j’avais 13 ans à l’ASPTT Nantes et que j’ai retrouvé dans le même club 35 ans après, toujours aux petits soins pour ses athlètes, sans jamais avoir failli à sa passion.

 

— Quel est ton plus beau souvenir ?

Mon plus beau souvenir sportif, sur le coup je vais le jouer perso, mais c’est certainement celui de mon passage sur la ligne lors de l’arrivée de mon deuxième marathon, main dans la main avec un monsieur d’un certain âge qui était en difficulté 500 m avant et qui a certainement été cherché très loin pour pouvoir passer cette satanée ligne.

 

— Un mot pour les jeunes qui souhaitent s’inscrire à l’athlétisme ?

L’athlé est de tous les sports que j’ai pu pratiquer, celui qui permet à chacun de progresser, tant sur le plan des performances physiques que du bien être mental. On y développe un grand sens du respect en commençant par soi-même, et où chaque seconde ou centimètre gagné est toujours un vrai et grand moment de joie que l’on partage avec ses collègues et concurrents du moment !

 

Propos recueillis par Lucie Boquien pour www.nmathle.fr